lundi 15 mai 2017

La mère des batailles politiques : imposer ses mots pour combattre les maux avec succès

Les mots tordus causent les maux sociaux


La cause fondamentale des maux dont souffre et la France – laquelle a été largement exposée par des penseurs comme Edmund Burke[1] ou plus près de nous Jean Sevillia[2] ou Philippe Bichot-Bravard[3] – est que les révolutionnaires français ont changé le sens des mots afin de pervertir – au sens littéral de dévier – l’esprit humain.

Dès lors, tout combat politique qui se veut professionnel doit commencer par redonner leur sens aux mots afin que les maux puissent trouver une solution. Une personnalité politique exemplaire est à cet égard Marion Maréchal Le Pen. On peut citer également les exemples de Robert Ménard, Jacques Bompard ou Gilbert Collard.

Conclusion pratique : ce qu’un homme public devrait défendre


Redonner leur sens aux mots implique d’une part de toujours donner la signification des mots que l’on emploie et d’autre part de les utiliser à bon escient. Cela reste toutefois insuffisant et la bataille de la signification requiert d’imposer son vocabulaire pour ne pas être pris au piège de mots biaisés. A ce titre il convient plutôt :

-          De se présenter comme :
o   un homme public, c’est-à-dire intervenant dans la cité, que cela soit dans le cadre d’élections ou bien d’organisation scolaire ou culturelle. Une telle publicité s’étend à la famille : noblesse oblige. On ne peut gérer la cité que si l’on sait gérer sa propre petite cité familiale.
o   un homme courageux et non pas parfait – le fameux homme providentiel qui n’existe que dans la personne du Christ – d’abord en assumant ses contradictions et imperfections.
o   un chef qui gagne le respect et l’obéissance parce qu’il ne donne tout et que se faisant il pratique la forme suprême de la charité
-          De proposer non pas faire mais d’être :
o   le champion de la responsabilité personnelle de chacun, en fonction des dons reçus
o   le serviteur de la famille, lieu où s’exerce la responsabilité personnelle, d’abord à l’égard de ses parents et alliés
o   le défenseur des libertés concrètes permettant d’être responsable devant Dieu et les hommes
o   le défenseur de la concurrence et de la pluralité, seul moyen connu de faire émerger des solutions pérennes, lesquelles ne peuvent pas être décrétées à l’avance
-          De rappeler que :
o   la nature des choses contient en elle-même la connaissance des commandements dont le premier est le devoir de conserver la vie, en la défendant par la force si nécessaire contre ce qui y porte atteinte
o   cette nature est écologique, hiérarchisée et finalisée à l’homme qui est la vie la plus précieuse sur terre, dès lors que celui-ci se reconnaît destiné à Dieu
o   la vie – pas seulement humaine – est par nature sociale, c’est-à-dire faite de liens interindividuels, ce que la biologie nomme « écologie » où le bien de l’un est aussi celui de l’autre : nous sommes tous appelés à vivre en symbiose, dans le respect de la contribution réciproque de chaque créature
o   c’est aux forts d’aider les faibles et pas l’inverse, et que cette aide ne peut être que personnelle et concrète, et donc qu’elle ne peut jamais être déléguée à l’état
o   toute société se construit sur un principe ultime qui est son absolu, fût-il le relativisme absolu. Dès lors la société ne pas décider de servir ou pas, mais seulement qui elle entend servir : Dieu ou le diable (caché sous la forme de l’argent, du pouvoir ou des plaisirs)
o   la volonté populaire n’existe pas, mais seulement des actions individuelles auxquelles les autres citoyens consentent de plus ou moins bonne grâce
o   le mal n’existe pas comme forme positive mais seulement comme privation d’un bien dû. Il revient donc à chacun de s’y opposer en usant de sa responsabilité personnelle qui dépend à la fois des talents reçus et de la position que l’on occupe


Pourquoi faut-il le défendre : redonner leur juste sens aux mots piégés par la révolution française


Ceci étant dit, il faut comprendre pourquoi les mots brandis par la « république » ce que l’on appelle avec raison « valeurs de la république » sont mortifères et dangereux. Compte tenu de la place limitée à notre disposition nous ferons une courte analyse de la triade dont ils découlent tous : liberté, égalité, fraternité.

Liberté


Le mot « liberté » est un exemple intéressant car en politique il n’existe pas de liberté abstraite et générique mais uniquement « des libertés » c’est-à-dire des droits définis et opposables, lesquels ne sont pas absolus en tant que tels, mais seulement la condition de l’exercice de la responsabilité humaine. Celle-ci ne peut jamais être effacée, parce qu’elle a sa source dans la conscience, reflet de la lumière divine dans l’âme humaine. Dès lors, moins l’on dispose de libertés concrètes, plus il est difficile d’exercer cette responsabilité avec justice, au point que dans les régimes totalitaires elle fasse souvent courir le risque d’être mis à mort si l’on ne veut pas se renier. 

Une personne qui défend « la liberté » abstraite est en réalité – qu’elle s’en rende compte ou pas – un menteur et un hypocrite car celle-ci ne peut exister qu’enracinée dans un lieu et un temps concret. Il ne peut exister qu’une liberté de faire ceci ou cela, maintenant ou demain matin. La DDHC de 1789[4] le dit bien : si la liberté est en théorie illimitée, dans les faits c’est la loi qui dit quel usage on peut en faire. Autrement dit on est libre jusqu’à ce que la loi civile – changeante par nature – ne vienne dire le contraire. Voilà le fondement de la dictature révolutionnaire : pas de liberté pour les ennemis de la liberté. La question est alors : qui définira les ennemis en question et selon quels critères ? La liberté abstraite ouvre la porte à l’arbitraire le plus absolu, celui du législateur.

Un homme politique vraiment honnête doit donc défendre les libertés concrètes de citoyens concrets, celles que l’on peut défendre au tribunal et qui consistent à pouvoir faire ceci ou cela sans avoir de comptes à rendre. Le seul abus qui puisse exister – et il n’est pas petit – c’est quand un acte posé (volontairement ou non, c’est un débat subsidiaire) cause un préjudice identifié à autrui ou à ses biens.

Dès lors ne peuvent exister que trois types de crimes et délits :
-          La violence physique ou verbale
-          L’escroquerie et le dol
-          Le vol et la spoliation

Tout le reste : les crimes contre la nature ou la société, de haine, de révisionnisme ou d’opinion ne sont que des arnaques sémantiques fondées sur un détournement de vocabulaire.

Il reste qu’au quotidien on parle de « liberté » tout court, sans distinguer les différents sens :

La liberté physique c’est sûr celle du mouvement : pouvoir agir sans contraintes extérieures, qu’il s’agisse de la course d’une planète ou des actes humains. Evidement cette liberté est limitée par l’impératif de conservation des corps et la transgression de cette limite conduit à la destruction du fautif et donc à la disparition de ladite liberté.

La liberté psychologique c’est celle des émotions : la capacité à se déterminer sans conditionnements, ce qui est bien sûr impossible en soi parce que cela suppose de refuser d’apprendre. Dès lors une liberté psychologique réelle consiste à se déterminer tout en ayant conscience des déterminations qui nous guident mais en cherchant à les orienter vers le bien. Les animaux en sont bien sûr dépourvus, seuls les hommes peuvent y tendre parce qu’ils sont doués d’autoréflexivité : ils se savent conscients de savoir.

La liberté morale est donc la liberté au sens le plus complet : faire volontairement et sans contrainte ce que notre conscience bien formée nous présente comme nécessaire. Elle n’appartient évidement qu’aux êtres doués d’intelligence réflexive, c’est-à-dire qui se savent des êtres pensants.

Libertés fondamentales
D’une conception corrigée de la liberté il résulte qu’elle ne peut exister que sous la forme de libertés concrètes autrement appelées libertés fondamentales parce que toutes les libertés opposables en sont dérivées.

-     Liberté de culte et de religion : tout homme doit être libre de pratiquer le culte public qu’il juge être le vrai à condition :
o   de rechercher sincèrement la vérité sur Dieu et sur l’homme
o   de s’interroger constamment sur la validité de ses croyances et sa façon de les vivre
o   de refuser aussi bien le fidéisme que le rationalisme strict qui sont incompatibles avec une telle liberté car ils sont porteurs d’une violence intrinsèque en contradiction avec une vie authentiquement humaine.

Cette liberté est première car elle détermine les responsabilités que l’homme doit assumer et en premier lieu celle de vivre. Par conséquent :
o   Le droit à la vie dérive de la responsabilité que l’homme doit assumer.
o   Le meurtre, y compris avant la naissance, est d’autant plus grave qu’il empêche l’homme de pleinement exercer sa responsabilité personnelle et peut donc conduire à sa damnation éternelle.

-     Liberté de mariage : tout homme ou femme d’âge nubile et qui présente les aptitudes minimales nécessaires (liberté, discernement) peut fonder une famille « père-mère-enfants ». Donc
o   La famille est l’unité de base de la société car elle est le seul lieu de la génération des enfants
o   Un tel engagement est par nature indissoluble puisqu’il implique la donation réciproque des époux en vue de la génération des enfants. On peut uniquement demander à être dispensé de la vie commune en cas de danger physique avéré.
o   Les autres structures sociales sont à l’image de la famille et en réalise l’un des aspects : production, justice, sécurité, amitié, direction, éducation, prière, etc…

-         La liberté d’aller et de venir : tout peut aller où et comme il veut dans les endroits publics ou déserts ainsi que dans chez les propriétaires qui l’y autorisent. En cas de danger vital, tout lieu est accessible.

-          La liberté d’expression : tout homme peut exprimer ses pensées, inventions et découvertes dès lors :
o   qu’elles ont pour but la recherche du vrai.
o   La communication volontaire, le sachant ou pas, de fausses nouvelles est donc un vol et une escroquerie. Toutefois seule une personne directement lésée peut intenter un procès et pour elle seule (ce qui n’interdit pas de joindre les causes).

-          Liberté de faire, vendre et acheter dès lors que l’on paye pour les conséquences de ses actes, d’où :
o   Principe du pollueur-payeur
o   Taxation des usages communs : routes, police justice, assainissement, etc…
o   Les taxes et impôts ne peuvent financer que des services effectivement rendus
o   Les monopoles naturels ou étatiques n’existent que dans la mesure du consentement des usagers. L’usage par exemple d’une police nationale ou locale relève des conventions et non de l’obligation
o   Les subventions publiques qui ne sont pas ratifiées par les contribuables sont gravement illégitimes car elles les privent de l’exercice de leur responsabilité

-          Liberté d’association et donc de sécession. Il ne peut exister que des associations volontaires, y compris dans le domaine politique. Lesdites associations, y comprise religieuses, ont comme seule et unique mission d’assister les familles dans l’exercice de leurs responsabilités
o   Les organisations étatiques n’ont de légitimité que dans la mesure de la libre participation et contribution de leurs membres qui ne peuvent jamais être présupposées
o   Toute association de rang inférieure peut légitimement cesser de participer à une association supérieure dès lors qu’elle paye les frais qu’elle génère
o   Cette liberté vaut pour la vie économique, politique religieuse et civique

-          Liberté d’éducation : les parents, dans le respect des limites de la liberté religieuse, sont les seuls responsables de l’éducation de leurs enfants et n’ont de comptes humains à rendre qu’à eux. D’où :
o   Aucune autorité humaine n’est fondée à décider à la place des parents du genre d’éducation qui convient à leurs enfants
o   Les obligations de formation ou de scolarité sont illégitimes et donc illégales
o   Seule la violence physique ou morale avérée peut être poursuivie en justice par les personnes physiques qui y ont intérêt (famille, grands-parents)
o   Etant responsables de l’éducation qu’ils donnent, quand bien même ils seraient incompétents ou dangereux les parents peuvent confier cette éducation de façon temporaire ou permanente à des tiers

Une liberté fondée sur la responsabilité

Il résulte de ces libertés fondamentales que les régulations de la liberté, leur définition concrète, ne peuvent être imposées qu’avec le consentement des intéressés. Les questions, par exemple, du protectionnisme économique ou du libre-échange n’ont dès lors plus de sens. Il revient à chacun de défendre ses droits personnels et d’assumer les conséquences  de ses actes.

Par contre cela redéploie la responsabilité personnelle notamment en obligeant de nouveau le fort à protéger le faible. En effet, refuser d’intervenir quand on le pourrait revient à contribuer à son malheur – ce que la sagesse populaire appelle la non-assistance à personne en danger – allant ainsi à l’encontre de la responsabilité personnelle de contribuer à conserver la vie d’autrui pour lui permettre d’exercer sa responsabilité propre.
Le résultat naturel (spontané) d’une telle conception politique est un genre de féodalisme où les attaches sont volontaires et fondées sur un compromis entre liberté d’action individuelle, des limitations consenties et un devoir e fidélité aux engagements pris.

Un tel monde est beaucoup moins permissif que le nôtre, puisqu’il interdit à priori les transgressions dont notre époque se gargarise, mais en réalité il laisse une beaucoup plus grande liberté d’action à chacun puisqu’il n’y a que des limitations consenties.

Un tel monde est par ailleurs inégalitaire puisqu’il reconnaît le fait des différences d’aptitude, mais il est égalitaire en ce qu’il oblige par construction les forts à assister les faibles.

Une telle conception des libertés fondamentales répond immédiatement aux deux autres mots tordus par la chienlit révolutionnaire : égalité et fraternité (ce dernier étant le corolaire de peuple[5])

Egalité


Comme on l’a vu, une conception authentique des libertés fondamentales conduit à reconnaître l’inégalité de fait des aptitudes humaines et à mettre les forts au service des faibles, aussi bien dans le temps qu’alternativement. Chacun est en effet le fort d’un autre dans son domaine de compétence et le faible d’un autre dans le reste. Personne, même le grand génie culinaire, ne se sent humilié parce que son boulanger fait du meilleur pain que lui, au contraire. Il est content d’en profiter pour bien moins d’efforts que s’il devait le faire lui-même.

En effet une telle conception ne voit pas l’égalité une valeur ou un but mais un fait inscrit dans la nature des choses, lesquelles sont organisées selon une hiérarchie, que l’on peut décrire de plusieurs façons : physique, biologique, morale, etc… A l’inverse la révolution a une conception arithmétique de l’égalité, elle ne peut pas comprendre la notion de dignité car pour elle le surnaturel et la dimension mystique de l’homme sont des limitations et en tant que telles insupportables à priori. De fait la révolution, en ne voulant que la raison, ne tolère la religion que si celle-ci consent à ne pas rappeler les principes sur lesquels repose la vie, humaine en particulier.

L’égalité suppose l’inégalité
Ce faisant, en refusant une inégalité naturelle, la révolution reconstruit des inégalités fondées sur une vision strictement politique : tout le monde est égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres[6] parce qu’ils incarnent la révolution. Dès lors ce sont les faibles qui doivent se mettre au service des forts, créant par là un esclavage là où il y avait un service volontaire.  
 
En ce sens aussi bien l’égalité devant la loi, telle que proclamée par la DDHC de 1789 ou bien son aboutissement contemporain par l’égalité « réelle » des chances par le biais de la préférence étrangère – en novlangue : discrimination positive –  conduisent à traiter inégalement les citoyens considérés « politiquement incorrects » ce que  la révolution définit comme des « faibles[7] » puisqu’ils refusent le primat absolue de la raison politique. A chaque fois une égalité arbitraire et abstraite vient remplacer une inégalité de fait qui oblige à une responsabilité proportionnelle aux moyens reçus : à grands pouvoirs, grandes responsabilités.

Une telle conception de l’inégalité comme force positive qui doit être mise au service du bien commun, aussi bien au niveau familial que local ou de la nation est en définitive la traduction politique du commandement du Christ : « aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés[8] », c’est-à-dire en mettant ma toute-puissance au service de votre misère pour vous en tirer, mais sans vous écraser ni vous enfler d’orgueil. La conséquence est limpide : celui qui veut être premier qu’il soit le serviteur de tous. Il est d’ailleurs intéressant de rappeler que la nature et la vie fonctionne avec ce principe de l’échange de potentiel : il faut une différence, des inégalités pour que les processus chimiques et biologiques fonctionnent. La parfaite égalité c’est le zéro absolu, c’est donc la mort.

Cela conduit à deux attitudes complémentaires :
-          Soit lorsque l’on se sait faible : c’est la gratitude envers le fort qui vient nous aider
-          Soit lorsque l’on se sait fort : c’est le devoir d’aider en serviteur sans arrogance ni mépris

Le moyen-âge avait institué la tradition[9] de faire laver les pieds des  pauvres[10] par les rois et les nobles, pour bien montrer quel rôle ils devaient jouer : servir les plus petits.  

Fraternité


Une telle attitude s’appelle fraternité, c’est-à-dire qu’elle considère les autres comme les enfants d’un Père commun, portant ainsi à son plein accomplissement l’idée aristotélicienne que la citée est fondée sur une certaine amitié politique[11] entre ses membres, laquelle permet de la distinguer de la simple coexistence plus ou moins pacifique entre groupes hétérogènes[12], appelée « vivre-ensemble » en novlangue c’est-à-dire vivre côte à côte et donc séparés.

La fraternité satanique des vainqueurs
A  contrario, la fraternité révolutionnaire est l’exact contraire de l’amitié : il ne s’agit en rien d’une version postchrétienne – sécularisée en somme – de l’amitié politique, mais de la fraternité d’armes des vainqueurs politiques au détriment des vaincus qui doivent dès lors se faire leurs esclaves[13]. A ce titre la philosophie de Marx ne fait qu’expliciter pleinement les ressorts de la révolution française, tels que Hegel les avaient entrevus et théorisés avec son « esprit absolu » s’auto-réalisant par le biais de l’histoire.

La « fraternité » des révolutionnaire – celle-là même que revendique la république – c’est celle de ceux qui ont saisi le sens de l’histoire et qui collaborent activement à son avènement et qui sont donc frères de cet avènement et à ce titre les maîtres légitimes de la populace inculte qui n’a pas accès à cette conscience supérieure et se voit par là-même logiquement condamnée à l’esclavage.

De ce fait les massacres révolutionnaires comme entreprises de « purification du peuple[14] » sont justes et nécessaires, n’étant au pire que des accidents regrettables dus à la révolte d’esprits étroits et à ramener dans le droit chemin, par la violence si nécessaire. Ces massacres sont d’ailleurs dans l’esprit révolutionnaire aggravés par leurs victimes – ainsi transformées en coupables[15] – lorsqu’elles ont l’outrecuidance de vouloir vivre et se reproduire en dehors du cadre définit par la raison politique. Les enfants aujourd’hui tués avant leur naissance le sont pour le même motif que les petits vendéens massacrés par les colonnes infernales : leur vie même est une agression contre le projet révolutionnaire puisqu’ils ne naissent ni où ni quand la raison politique le commanderait. En ce sens la GPA et la PMA sont véritablement révolutionnaires puisque comme l’avait admirablement décrit Aldous Huxley dans son « Meilleur des mondes » ces techniques permettent une planification rationnelle de la vie humaine au service de l’autoréalisation de l’humanité par la fin de l’histoire.

La mémoire sélective des frères de massacre
Le corolaire logique des massacres révolutionnaire c’est alors le mémoricide – que Huxley décrit lui aussi. On ne saurait rappeler l’opposition à la marche du bien sans devoir réexpliquer aux esprits faibles du moment ce qui a conduit les dirigeants d’hier à massacrer les esclaves révoltés de l’époque. C’est bien trop dangereux car les dits esprits faibles pourraient comprendre qu’on les prend pour des moutons et que comme tels ils finiront à l’abattoir.

Avec une telle conception de la fraternité il est donc tout à fait logique que les révolutionnaires soient Francs-maçons, c’est même plutôt l’existence de révolutionnaire qui ne le soient pas qui doit surprendre. Et de fait, ces derniers sont considérés par les francs-maçons comme des idiots utiles et ont été historiquement massacrés les premiers, que cela soit en France[16], en Russie[17] ou dans toutes les révolutions qui sont advenues de par le monde.

La parole commande l’action et la pensée commande la parole

Cette brève analyse des mots-sources de la révolution et sur la base desquels est construite la république en France montre que les mots ne sont pas neutres parce qu’ils portent nécessairement en eux une vision métaphysique qui commande la pensée et par là l’action.

Il est donc absolument premier et primordial de donner la priorité à la pensée personnelle et aux mots pour l’exprimer à toute autre considération. Il est à cet égard très instructif de voir que les religions sont d’abord des paroles qui contiennent en elle-même une pensée capable d’inspirer un ordre social et une culture.

Il est impossible de dénoncer toutes les forfaitures de langage introduites par la pensée révolutionnaire. Il suffit de se rappeler de l’oxymore dont elle fait le mot « député » par le biais de l’interdiction du mandat impératif : d’un mandataire (adjoint en anglais) des citoyens elle a fait un titulaire temporaire de la dictature législative.

Dès lors, on ne peut en sortir véritablement qu’en changeant le sens des mots et pour cela il faut marteler à temps et à contretemps la signification des expressions que l’on emploie. Par exemple :
-      Je sollicite vos suffrages pour être votre député, c’est-à-dire votre délégué à Paris, chargé de relayer vos doléances et défendre votre bien commun.
-         Je serai un ministre, c’est-à-dire un serviteur, celui des contribuables et pas des fonctionnaires
-      Je défendrai la liberté de faire du commerce, c’est-à-dire d’être responsable des choses que l’on achète pour sa famille

Une telle familiarité avec ses idées suppose en définitive une familiarité avec la Parole elle-même, avec le Verbe Incarné. Hors de cet ancrage dans le ciel venu sur la terre, on ne peut que tomber soit dans un verbalisme sans action soit dans une action privée de tout souffle supra-rationnel.

Finalement la véritable politique est d’abord une mystique.




[4] Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 https://fr.wikipedia.org/wiki/Déclaration_des_droits_de_l’homme_et_du_citoyen_de_1789
[5] Voir Pichot-Bravard. Le peuple ce n’est pas la masse de la population mais les esprits éclairés d’un lieu à qui leur illumination par la raison révolutionnaire donne le rôle de représenter la volonté générale
[6] Cf « La ferme des animaux » de Georges Orwell
[7] En ce sens un jeu comme « le maillon faible » est une très bonne illustration des processus révolutionnaires https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Maillon_faible_(jeu_télévisé)
[8] St Jean, 15, 12
[9] En partie continuée par la monarchie britannique de servir le repas de Noël à leur personnel de maison
[12] Cf Renaud Camus et le « grand remplacement » Jean Raspail et « le camp des saints » ou Eric Zemmour http://www.lopinion.fr/video/polemique/zemmour-peuple-arabo-musulman-substitue-peuple-francais-100516
[13] La révolution n’exige pas seulement de dominer, elle est totalitaire et entend qu’on lui rende un culte
[14] Ce sont les termes employés par les conventionnels de la Terreur, repris par la suite par leurs héritiers nazis ou communistes
[15] Constituant ainsi un cas d’école de la théorie mimétique du bouc émissaire de René Girard
[16] Girondins et montagnards
[17] Mencheviques et bolcheviques

mercredi 2 novembre 2016

Peser sur 2017, oui c'est possible et c'est même très simple

Les évènements de ces derniers mois, avec leur lot d’attentats sanglants[1], de meurtres de policiers et de collaboration active du gouvernement à la destruction de la France via l’invasion migratoire[2], la punition fiscale[3] ou l’endoctrinement à l’école mettent plus que jamais en évidence le danger mortel que court notre pays.

Certains peuvent se dire que plus rien ne peut être fait, voire même qu’il leur importe peu que le projet né avec le baptême de Clovis il y a plus de 1500 ans continue, parce qu’ils n’y croient pas.

A ceux-là, je dis que s’ils veulent se suicider ou devenir esclave des maîtres de demain, qu’au moins ils ne pèsent pas sur ceux qui veulent demeurer libres en vivant debout, au risque de perdre la vie pour cela si nécessaire. Ne pas vouloir aimer la France telle qu’elle est, c’est en réalité choisir ceux qui veulent la remplacer par un magma de sauvages importés dont le seul but est de jouir des femmes de leurs anciens colonisateurs en justifiant cela avec les préceptes barbares d’une secte sanguinaire.

Si cela en choque certains, sachez que je suis bien en dessous de la réalité. Demandez-vous donc plutôt pourquoi on a caché les corps des victimes du Bataclan. Ce que les plus anciens ont vécu avec le soulèvement en Algérie est en train de se reproduire en France, avec en prime la complicité active du gouvernement et des fonctionnaires, la suppression du crime de haute trahison expliquant peut-être en partie leur attitude…

Pour autant, se lamenter ou pleurer ne sert à rien. Rien n’est jamais perdu tant que nous continuons à agir, avec les moyens à notre portée. Celui qui joue les cartes qu’il a en main peut toujours remporter la partie, y compris quand le sort lui est particulièrement adverse.

Dans ce combat pour la défense de notre pays, le plus important est la bataille des idées, parce que celles-ci se traduisent ensuite dans la vie quotidienne. Et pour peser fortement sur les idées, parmi les principales cartes à jouer, il y a la primaire de la droite et du centre.

Ces primaires sont en définitive, du fait que leur vainqueur sera probablement le prochain président, le moment où va se décider la politique des cinq prochaines années et en particulier les idées qui vont animer la vie publique. Et la question essentielle est de savoir si c’est la droite moderne qui l’emportera, cette droite qui n’est rien d’autre qu’une gauche repeinte en bleu qui ne croit ni à Dieu ni à diable et pense qu’il suffit de décréter « l’identité heureuse » pour qu’elle advienne, ou si au contraire c’est la droite classique, enracinée dans la réalité qui fera prévaloir les institutions naturelles de la nation et de la famille.

Or, fait assez providentiel, si la majorité des français est plutôt sur une ligne « classique » d’adhésion aux sociabilités naturelles (famille, village, entreprise, provinces et nation), parmi les sept candidats à la primaire de droite, un seul est sur cette ligne : Jean-Frédéric Poisson[4].

Si donc le sort de notre pays nous importe réellement, alors une opportunité qui est à mon sens une obligation nous est offerte : faire prévaloir la vision classique, fidèle à l’identité chrétienne et européenne de la France en soutenant le candidat qui la représente.

Mais si nous y réfléchissons plus en profondeur, il ne s’agit en fait de rien d’autre que de la fidélité aux principes politiques non négociables proposés par le Pape Benoît XVI aux catholiques et qui à mon sens valent en réalité pour tous les hommes sensés. A savoir le respect de la vie, de la famille et de la liberté d’éducation qui sont les conditions de possibilité d’une société réellement humaine. Sans droit à la vie, aucun autre droit n’est possible, eux dont la finalité est de pouvoir agir en hommes responsables, c’est-à-dire ayant le choix de leurs actes. Sans respect de la famille il ne peut pas y avoir de citoyens, c’est-à-dire des hommes capables de discerner par eux-mêmes le bien du mal, sans dureté de jugement ni tyrannie des émotions. Et former des citoyens implique la liberté pour les parents de choisir l’éducation qui convient le mieux à leurs enfants. Le reste, comme la souveraineté de la nation, la sécurité publique, la nécessaire liberté d’entreprendre ou le devoir de solidarité avec les pauvres, découle naturellement du respect des principes qui précèdent.

Là aussi, autant dans ses prises de positions que dans son action politique, Jean-Frédéric Poisson apparaît comme le candidat le plus idoine. Certainement pas parfait car personne ne peut l’être, mais le plus courageux, cohérent, sérieux, constant, reconnu par ses pairs et du coup qualifié.

La primaire de la droite et du centre apparaît donc comme un lieu naturel de l’action politique spontanée née autour de La Manif Pour Tous et des initiatives qui ont émergé avec elle. Beaucoup ont perçu que si les manifestations étaient importantes et nécessaires elles étaient à elles seules insuffisantes. L’apparition de mouvements comme Sens Commun – y compris dans son échec par la trahison des promesses – montre qu’il faut peser plus sérieusement sur les politiciens. Et pour cela, la primaire est l’occasion unique de leur rendre la monnaie de leur pièce : faire émerger, comme aux Etats-Unis un candidat réellement en phase avec le peuple et non choisi par défaut parmi des apparatchiks sans scrupules ni convictions.

Vous voulez pesez ? Une manière tout simple est donc de sortir deux euros de sa poche et de consacrer une petite demi-heure pour aller voter pour Jean-Frédéric Poisson à la primaire de la droite et faire ainsi la nique aux Fillon, Copé, Juppé, Sarkozy et tous les autres traîtres à la France et aux français, en fait à ces types qui vous cocufient depuis 40 ans.







[1] Attaque contre le Journal Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, contre l’Hypercasher de la porte de Vincennes à Paris, contre la salle du Bataclan le 10 novembre 2015, contre les spectateurs du feu d’artifice du 14 juillet 2016 à Nice, contre un couple de policier à Magnanville le 20 juillet 2016, contre un prêtre célébrant la messe le 26 juillet 2016 à Saint Etienne du Rouvray. Au total entre janvier 2015 et octobre 2016, plus de 400 ressortissants français sont morts victimes de terroristes et plus de 800 autres ont été blessés.
[2] Le 10 octobre 2016, le premier ministre Manuel Valls annonce - en violant ouvertement la loi - que le gouvernement entend répartir arbitrairement 10000 clandestins squattant la « Jungle de Calais » dans toute la France, en réquisitionnant ou en se faisant mettre à disposition des locaux (résidences de vacances, maisons de retraite, centres d’accueil pour SDF). A cette occasion on apprend que le budget consacré à cette opération est de 703 Millions d’Euros contre 1,3 Milliard pour l’accueil des 200.000  SDF recensés en France.
[3] De mai 2012 à octobre 2016 la ponction fiscale sur les familles s’est accrue de 20 Milliards d’Euros, soit une augmentation jusqu'à 26% de l'impôt sur le revenu. Abaissement du quotient familial de 3000 à 2500 € par part, suppression de la demi-part supplémentaire pour le veufs et les femmes ayant élevé trois enfants ou plus, fiscalisation des pensions de veuvage et des rentes éducation, etc.. http://argent.boursier.com/impots/analyses/impots-depuis-2012-la-note-des-familles-aisees-a-ete-considerablement-alourdie-3810.html  
[4] Voir en particulier l’entrevue accordée par Guillaume Bernard à Famille Chrétienne sur le premier débat de la primaire de la droite et du centre. http://www.famillechretienne.fr/politique-societe/politique/le-debat-des-primaires-la-guerre-des-modernes-contre-les-classiques-205494

dimanche 30 août 2015

Le Transhumanisme c’est quoi ?

En toute chose il faut revenir à l’origine des concepts pour pouvoir les comprendre de manière adéquate. Mais plutôt que de partir du terme « transhumanisme » ou de celui utilisé juste avant lui « eugénisme » il semble plus efficace de rechercher la trace historique des pratiques recommandées par ces écoles de pensée.

Le transhumanisme propose une fusion entre l’homme et la machine en vue libérer celui-ci des faiblesses et des limites de son corps faillible au point d’être mortel après une vie de maladie et de dégénérescence. Cette recherche de l’affranchissement des limites du corps malade est une constante, aussi bien des sociétés dites « primitives » comme les indiens d’Amazonie qui tuent ou abandonnent les enfants malformés et les vieux qui ne peuvent plus marcher[1] que de l’antiquité grecque[2] et romaine[3] qui connaît elle aussi l’exposition des enfants mal-formés, l’avortement et la sélection des couples autorisés à procréer. Ces pratiques ne sont en rien "barbare" au sens péjoratif d'irrationnel, bien au contraire. C'est pourquoi, comme pour le transhumanisme qui les réactualisent, il faut en comprendre la logique pour pouvoir en dépasser les conséquences néfastes.

Ainsi donc, avortement, élimination des infirmes et autre "Gnadentod[4]" s’inscrivent dans une vision cohérente du monde où les hommes non seulement se sont appropriés la sagesse des dieux[5] mais se montrent de surcroît toujours plus désobéissants[6] et impies avec eux[7]. Il y a donc chez l’homme au départ une aspiration et une capacité originelle à vivre en compagnie des dieux, mais qu’il a perdu du fait de sa corruption chaque fois plus grande[8]. La cause de cette corruption de l’homme n’est pas claire et le rôle particulier qu’y joue la technique reste ambivalent. D’un côté, la maîtrise technique est source d’hubris de la part des hommes, mais d’autre part, ayant été privés par la négligence d’Epiméthée des défenses naturelles nécessaires à leur vie, la technique et la civilisation leur sont à bon droit dues, à titre de secours à leur faiblesse. Ce qui est par contre certain c’est la tendance récurrente de l’homme de l’âge de fer – notre âge – à faire preuve d’orgueil, de violence, d’avarice et tous les autres vices qui le rendent digne de châtiment de la part des dieux. Ces tendances ne sont pas invincibles et une vie vertueuse est possible, avec la technique comme auxiliaire, tel est du moins l’espoir que les philosophes proposent, comme alternative au pessimisme radical des mythes fondateurs gréco-romains[9].

Dans la Bible nous trouvons au contraire une critique virulente des prétentions humaines à contrôler entièrement la vie dans ses différents aspects. Cette dénonciation c’est en premier lieu celle du récit de la chute[10], que nous appelons « péché originel[11] ». Nous connaissons tous ce récit et le mensonge qu’il dénonce, la fausse promesse d’être « comme des dieux[12] ». D’abord ils étaient déjà « comme Dieu » puisqu’ils vivaient en sa compagnie[13]. Ensuite il y a la promesse d’accéder à une sagesse supérieure, qui leur serait caché par malveillance, laquelle exigerait donc un rétablissement de la justice par une rébellion contre le tyran[14]. On retrouve donc les thèmes prométhéens, mais avec une clarté et une précision bien plus grande. Il y a, au départ de la rébellion humaine, une tromperie dans laquelle l’homme a accepté de se laisser entraîner[15] et dont il doit dès lors assumer les conséquences[16] qui sont à la fois physiques (faiblesse qui va jusqu’à provoquer la mort) et morales (tendance au mal du fait d’une volonté blessée).

C’est sur cette base d’une nature déchue que la Bible fait ensuite une critique sévère de la volonté de contrôler la fécondité, et d’abord l’attitude prépotente d’Eve qui a « acquis » un homme d’auprès de Dieu[17], lequel deviendra meurtrier de son frère[18]. Cette violence symbolique qu’est cet « acquis de » n’est pas pour rien dans la jalousie de Caïn pour son puîné Abel. Elle est la violence même du « droit à l’enfant » de l’enfant désiré, presque voulu de force par ses parents, le contraire de l’enfant reçu comme un don. Eve a bien compris cela puisque c’est comme un don qu’elle recevra son fils suivant, Seth[19]. C’est aussi la raison de la critique d’Onan qui en séparant sexualité et procréation[20] détruit la dimension du don dans le mariage, le privant ainsi de son sens. Et c’est pour défendre le don de la vie que le texte prend les puritains à contre-pied, en prenant acte des origines incestueuses des enfants des filles de Lot[21], montrant ainsi le don que sont toujours les enfants, qui par ailleurs n’ont pas à payer pour les crimes de leurs parents. Toutefois, bien qu’innocents, les enfants subissent tout de même inévitablement une influence négative du péché de leurs parents « jusqu’à la troisième et quatrième génération » d’après la Bible et dont il leur appartient de s’affranchir avec l’aide de Dieu[22].

Mais la Bible critique également vertement le technicisme prométhéen de la tour de Babel, une construction édifiée pour concurrencer Dieu et auto-diviniser l’humanité au lieu de l’aider à mieux le servir et l’aimer[23], reniant ainsi l’utilité de tout recevoir comme un don de Dieu. Ce n’est pas la technique qui est mauvaise, comme le prouve de manière tout à fait contraire l’exploit technique[24] que constitue l’arche de Noé[25]. Il est à cet égard intéressant de noter que l’épisode de la tour de Babel intervient juste après la sortie de l’arche, comme si c’est l’exploit qu’elle constituait qui donnait des idées aux hommes[26]. Dans un genre un peu différent on a l‘épisode de la peste envoyée sur Israël pour punir le recensement du peuple ordonné par David[27]. Deux choses nous intéressent dans ce dernier récit ; d’abord la conscience qu’ont les serviteurs du roi de faire acte d’un orgueil démesuré en voulant compter le peuple, c’est-à-dire le contrôler, comme le ferait un berger, alors que le seul vrai berger d’Israël c’est Dieu[28]. Ce sont ensuite les pénitences proposées à David, puisque l’une d’entre elle fait retomber le poids de la faute sur le seul roi – et avec justice, puisqu’il est le seul responsable du péché, ce dont il est conscient – alors que les deux autres font retomber la faute sur le peuple – lequel, même s’il est à l’origine de la colère de Dieu, n’est en rien coupable du péché de David. On peut noter à cette occasion que David manque ici de confiance en Dieu, puisqu’il ne semble ne pas croire à la proposition d’avoir à fuir trois mois devant son ennemi, pas de tomber entre ses mains. Il choisit donc, par peur des hommes, de faire retomber le poids de sa faute sur ses subordonnés, se révélant en cela un parfait précurseur d’innombrables princes après lui[29].

Ces deux visions vont être synthétisées par le christianisme qui n’est pas simplement une amélioration de l’Ancien Testament, mais son accomplissement[30], ceci notamment en proposant une vision renouvelée des époques de l’histoire qui intègre à la fois la vision cyclique de l’histoire des anciens et la vision linéaire de la Bible[31]. En effet, même si les grecs et les romains connaissent la chronologie, l’histoire est le fruit du Fatum, de cycles historiques qui échappent aux hommes et auxquels ils doivent se soumettre de gré ou de force. La seule chose qu’ils puissent faire est de chercher à maintenir la fidélité aux vertus des ancêtres, seule manière de perdurer en conservant la force originelle qui a fait leurs premiers succès[32]. L’auteur déterminant de cette synthèse est Saint Augustin[33] qui est le premier à proposer une lecture analogique du verset « aux yeux du Seigneur, un jour est comme mille ans[34] » et dans laquelle les hommes sont entrés dans le sixième âge du monde avec la naissance du Christ[35]. Bien évidement ce qu’Augustin ne savait pas c’est qu’en l’an Mil[36] le sabbat éternel espéré par lui n’aurait pas lieu. Du coup la Chrétienté a dû complètement repenser son eschatologie[37], puisque les faits montraient que sa lecture des textes ne correspondait à rien de ce qui était écrit dans la Bible. C’est la raison pour laquelle les groupes millénaristes[38] ont une telle audience du X° au XVI° siècle, grosso modo jusqu’à ce que l’irruption du protestantisme renvoie la question au rayon des théories moins urgentes.

Cette question n’a toutefois rien de secondaire, car exactement au moment où l’Eglise détruit les tendances millénaristes en son sein – ce que l’on peut estimer réalisé avec la condamnation de Savonarole[39] – le millénarisme prend une tournure politique et laïque, avec les premières Utopies[40]. Depuis cette date la lecture eschatologique ultra-dominante est celle de l’anti-millénarisme[41] qui continue la lecture augustinienne, en lui enlevant toute perspective de fin. De ce fait, depuis 500 ans l’Eglise vit dans une sorte d’éternel présent de la deuxième venue du Seigneur[42], dans l’attente d’une lointaine troisième venue[43], ce qui a conduit concrètement à une perte de l’eschatologie, de la conscience vive que ce monde est provisoire et que l’on n’a pas vocation à y faire son ciel[44]. Paradoxalement c’est la crainte des exactions très réelles des millénarismes politiques[45] qui pousse l’Eglise à se retirer de ce qui est pourtant le cœur de son message : l’avènement du Royaume de Dieu qui à la fois n’est pas du monde, mais est bien dans ce monde, avec la mission de le changer, en changeant le cœur de chaque homme.

C’est sur ce retrait de l’Eglise du discours eschatologique – alors même que son enseignement et ces rites nourrissent une espérance messianique – que vont prospérer les eschatologies et les messianismes mondains. D’Utopia au Meilleur des mondes on en compte des centaines d’utopies[46], sous forme de romans[47], de fondations politiques[48], d’essais philosophiques[49], de tentatives de communautés utopiques réalisées[50] ou à venir[51].

Ces utopies ou leurs jumeaux mimétiques, les dystopies, sont en fait les œuvres théologiques de la religion de la modernité, le progrès. Celui-ci consiste en une complexification du monde selon une croissance infinie, obtenue par la biologie et par la technique, depuis un point de départ chaotique, le big-bang. Cette religion repose sur trois postulats majeurs, issus du christianisme ; l’infinité du monde[52], l’orientation positive de l’histoire[53] et la mathématisation du réel[54].  C’est donc la troisième vision globale l’histoire, après celle de l’Antiquité, reposant sur la dégradation successive des âges d’or, d’argent, de bronze et de fer et du Christianisme avec son exitus-reditus[55], création, chute, rédemption et salut.

Ce qui a mon avis donne naissance au « transhumanisme » contemporain, plus que des idées chrétiennes devenues folles, c’est la disparition d’un discours chrétien intégral ou crédible, en particulier sur le péché originel et la rédemption, bref la perte d’une dimension eschatologique actuelle, capable de remplir les aspirations de libération et de plénitude d’aujourd’hui.

Le transhumanisme souligne avec raison la misère actuelle de la condition humaine, qui est objectivement inférieure, voire contraire au projet initial de Dieu sur l’humanité. Nous sommes dans un monde déchu dans lequel corps, âme, cœur et esprit sont désunis, désunion dont la mort est la sanction inévitable.

En ce sens Jean Vioulac[56] en proposant une lecture philosophique du concept d’apocalypse, offre à mon sens une critique sérieuse de la prétention de la technique moderne à émanciper l’homme des limites propres à son corps et donc à nier la validité et même la légitimité de se soumettre à une nature corpo-intellectuelle qui lui soit donnée comme cadre d’épanouissement authentique.

Il me semble donc que ce qui manque au Transhumanisme – et ce en quoi il est typiquement moderne – c’est l’aspiration à une rédemption ou une plénification du corps humain, ce qui fait précisément l’originalité de l’apocalypse chrétienne : la promesse d’un corps glorieux où esprit et chair soient tellement en harmonie que la sexualité n’y est plus ni une souffrance, ni un désir, ni un besoin. En somme un accomplissement de la demande implicite présente derrière la PMA et GPA qui, sans le formuler comme tel, aspirent à un monde où la naissance n’est plus nécessaire.

C’est dans l’attente de ce corps glorieux et pour suppléer à la faiblesse qui est la sienne après la chute que se situe la place de la technique et de la machine. C’est du moins la vision légèrement plus optimiste, mais toujours d’origine chrétienne, proposée par les Franciscains dans leur recherche d’une vie pauvre quand on est né riche[57] en continuation et développement du machinisme et de l’enrichissement collectif démarré avec l’An Mil et la restauration d’une certaine sécurité en Europe. Ce machinisme européen n’a rien de techniquement nouveau, en fait, il ne fait que récupérer des savoirs antiques parfois très supérieurs[58] mais avec une finalité complètement nouvelle puisqu’il s’agit de soulager l’homme des tâches les plus pénibles pour  permettre à chacun de se consacrer à ce qui importe le plus : le culte de Dieu et la vie de l’esprit, en vue de se préparer à la vie future[59].

C’est la modernité d’abord philosophique avec Descartes, puis politique avec la révolution libérale anti-catholique anglaise et son émule continentale en France qui vont assigner un nouveau rôle à la technique : l’émancipation par l’enrichissement d’une part et par la domination de la nature d’autre part. A ce titre le transhumanisme est le dernier avatar de cette réinvention de l’homme déjà proposée par Descartes comme « maître et possesseur de la nature » qui, comme ses prédécesseurs, promet de réaliser le paradis sur terre, en jurant, c’est promis, qu’il ne tombera pas dans leurs travers mortifères. Si l’on veut balayer le transhumanisme d’un revers de main – et d’une certaine manière on le doit – alors il faut dire que les mêmes causes produisant les mêmes effets, il ne peut pas réussir là où de plus brillants que lui ont échoués, à moins de changer sa vision du monde.

En fait la seule option sérieuse pour le transhumanisme, là où il a véritablement quelque chose à dire au monde et à l’Eglise, c’est de demander à cette dernière de rendre compte de sa foi dans la résurrection des corps. C’est-à-dire, formulé autrement, à offrir une eschatologie pour aujourd’hui, pas pour demain ou pour quand nous serons morts et alors nous verrons bien. C’est maintenant que le Christ doit nous sauver, ou alors son salut est juste du vent. Les chrétiens peuvent-ils et veulent-ils relever le défi ?


[2] On pense immédiatement à La république de Platon et La politique d’Aristote qui préconisent tous les deux un contrôle des enfants par la cité en vue de lui assurer les meilleurs citoyens possibles, surtout pas trop nombreux.
[3] En particulier le droit de vie et de mort du Pater Familias sur tous ceux de sa maison
[4] En référence au terme utilisé par Hitler pour justifier son programme d’assassinat systématique des infirmes et aliénés d’Allemagne https://fr.wikipedia.org/wiki/Aktion_T4
[5] Comme le raconte le mythe de Prométhée
[6] Ce que laissent entendre les mythes de Pandore – de façon incidente, puisqu’elle est un ‘‘cadeau empoisonné’’ des dieux aux hommes – et surtout le déluge dont seuls Deucalion et Pyrrha réchappent, là encore grâce à l’aide de Prométhée
[7] Ainsi les âges successifs de l’humanité tels que présentés par Hésiode dans Les travaux et les jours ou par Ovide dans Les métamorphoses
[8] Il est intéressant de mettre ce pessimisme en lien avec celui dont fait preuve Aristote dans son Ethique à Nicomaque où il considère qu’au-delà d’un certain degré de malice, de tendance enracinée à tendre aux actes mauvais, il est impossible de revenir à la pratique de la vertu, d’où l’importance vitale d’une bonne éducation car on ne peut le donner qu’une seule fois.
[9] C’est en tout cas le projet Des Lois de Platon, dans la continuité du projet socratique ou de La politique d’Aristote
[10] Genèse 3, 1-24
[11] En raison du nom du dogme catholique qui a explicité les causes et les conséquences de cette chute initiale
[12] Genèse 3, 5
[13] La visite de Dieu à la brise du soir
[14] On retrouve là le thème du mauvais génie de Descartes, lequel est évidement inspiré par ce thème et y répond par une confiance surnaturelle, comme aurait dû le faire Eve. Sauf que Descartes arrive après 1.600 ans de christianisme.
[15] Par rapport au mythe de Pandore les responsabilités, et le refus de les assumer, sont beaucoup plus claires. Si c’est bien la femme la cause immédiate (proxima) de la chute, en écoutant le serpent et en prenant, elle d’abord, du fruit interdit, c’est à l’homme que revient la responsabilité finale et donc entière, pour avoir consenti au péché de la femme. Par contraste ce même homme se défausse davantage que la femme, accusant implicitement Dieu (la femme que TU m’as donné), alors que celle-ci, sans pour autant vouloir l’assumer, reconnaît tout de même avoir été trompée. Il est à noter que ni l’un ni l’autre ne demandent pardon à Dieu, alors qu’ils se savent coupables et le disent.
[16] Encore une fois l’explication de la faiblesse humaine est bien plus structurée que dans les mythes grecs qui ne parvenaient pas à équilibrer responsabilité collective et individuelle dans l’origine du mal « actuel » (au sens du moment présent)
[17] Genèse 4, 1
[18] Genèse 4, 1-16
[19] Genèse 4, 25
[20] Genèse 38, 6-10
[21] Genèse 19, 30-38
[22] Exode 3, 47
[23] Genèse 11, 1-10
[24] Pour les sceptiques qui doutent de la possibilité d’une telle arche, un hollandais en a fait une réplique grandeur nature, lancée en 2012, réalisée selon les indications du récit biblique. http://www.arcofnoah.org/
[25] Genèse 5, 5-9, 17
[26] Le même phénomène semble constant durant toute l’histoire de l’humanité. Des inventions créées pour soulager la -peine humaine ou permettre de se consacrer plus pleinement à la vie spirituelle sont utilisées à des fins contraires. Les moulins au moyen-âge qui donnent naissance au premier prolétariat industriel des usines de tissages, l’imprimerie qui donne naissance à la pornographie, la machine à vapeur au second prolétariat industriel, la télévision qui produit la déculturation de masse…
[27] II Samuel 24, 1-17
[28] Même Joseph, lors de la préparation des années de disette en Egypte, n’avait pas procédé à un recensement mais s’était contenté de stocker les surplus disponibles. Genèse 40, 33-36
[29] Le « responsable, mais pas coupable » de Georgina Dufoix, telle serait la formulation moderne du choix de David
[30] Accomplissement bien sûr religieux et théologique, mais en premier lieu philosophique. Le christianisme n’aura de cesse de se présenter comme la Vraie Philosophie, dont l’archétype est bien sûr le discours de Saint Paul à l’Aréopage d’Athènes.
[31] Les juifs ne voient pas l’histoire comme les modernes, il n’y a pas une simple flèche du temps, mais une actualisation dans le temps du salut de Dieu. A chaque fête de Pâque on revit réellement le salut réalisé par Dieu ce jour-là et on traverse mystiquement la Mer Rouge. Les évènements du passé reviennent vivifier ceux du présent, leur transmettre leur vertu salvifique.
[32] D’où la valorisation si importante des anciens chez les romains, que ce soit le culte domestique ou public.
[33] Dans le chapitre 22 son De catechizandis rudibus où il présente les sept âges du monde
[34] II Pierre 3,8 citant Psaume 90, 4
[35] L’histoire du monde est divisée en période d’environ 1.000 ans. La première va d’Adam au Déluge, puis du Déluge à Abraham, d’Abraham à David, de David à l’Exil puis de l’Exil au Christ, enfin avec le Christ on est dans le sixième jour de cette semaine symbolique qui se finira au bout de 1.000 environ par la Jugement Dernier, ouverture sur le Sabbat sans fin du  Ciel.
[36] C’est la raison principale de la « grande peur » de l’An Mil, qui explique par contrecoup le « blanc manteau d’églises » offertes par les chrétiens quand ils ont vu qu’ils étaient encore là pour un moment.
[37] C’est cette relecture que propose Joachim de Flore et qui fait de lui le père spirituel des millénaristes du moyen-âge. http://fr.wikipedia.org/wiki/Joachim_de_Flore
[38] Vaudois, Albigeois, Joachin de Flore, Savonarole, fratelli italiens, Münzer…
[39] Dominicain originaire de Ferrare et prédicateur ardent à Florence, il appelait à une profonde réforme des mœurs de son temps, lesquelles en avaient le plus grand besoin, spécialement dans le haut-clergé. En 1494, suite à ses négociations avec Charles CVIII de France il prend le pouvoir à Florence et y instaure une « République chrétienne et religieuse ». Il organisa un « bûcher des vanités » où le peuple était invité à venir brûler tout ce qui était licencieux (livres, tableaux, images, robes) et une police des mœurs chargée de vérifier la moralité des habitants, avec droit de visite domiciliaire. En 1497 la ville se révolte et en 1498 il est excommunié, condamné, pendu puis brûlé en place publique.
[40] Dont la première du genre et la plus célèbre est bien sûr celle au nom éponyme publiée par Thomas More en 1516
[41] Cette école considère qu’il n’y aura pas d’ère « messianique » dirigée par le Christ en personne, entre la venue de l’Antéchrist et les épreuves précédant le jugement dernier. Pour se faire une idée de la discussion et de ses implications : http://eschatologie.free.fr/forum/juillet2007/n5millenarisme.htm http://fr.wikipedia.org/wiki/Amillénarisme
[42] La deuxième venue du Seigneur est celle qui se réalise la grâce sanctifiante, à travers les sacrements, spécialement le baptême et l’eucharistie, dans lesquels il est réellement présent, bien que de manière invisible, sa première venue étant sa naissance et la troisième son retour glorieux.
[43] La troisième venue du Christ, cette fois-ci dans la gloire, est tout l’enjeu de l’eschatologie dont le but est de préparer les chrétiens pour le moment culminant de l’histoire, sachant que le Christ et les écritures insistent lourdement sur le risque de ne pas être prêt…
[44] Symptomatique de cet état d’esprit est l’oubli des prières traditionnelles demandant la délivrance « de la peste, de la guerre et de la famine ». A fame, bello et peste libera nos Domine était une prière récitée à la fin de toutes les messes depuis la Grande Peste Noire de 1348 et ce, jusqu’au Concile Vatican II, alors même que ces menaces sont bien plus présentes aujourd’hui que jamais avant.
[45] République de Savonarole, puis les réductions jésuites du Paraguay (critiquables surtout pour leur infantilisation des populations, laquelle rendra leur défense et leur survie autonome impossible), révolution française, fouriérisme, commune de Paris, révolutions marxistes, nazisme…
[47] Jonathan Swift, Les voyages de Gulliver, Voltaire, Candide, Jules Verne, 20.000 lieues sous les mers, Joseph Conrad, Lord Jim, Georges Orwell, La ferme des animaux, 1984, Isaac Asimov, Les robots, Roy Bradbury, Fahrenheit 451, Paul-Loup Sulitzer, Le roi vert
[48] Pilgrims fathers des USA, Nazisme, URSS et ses émules, de ce fait tous aussi pleins de la même bonne conscience quand il s’agissait de tuer leurs opposants
[49] Evidement Platon et Aristote, mais aussi Dante, De monarchia, Machiavel, Le prince, Erasme, Querela pacis, Leibnitz, Projet de paix perpétuelle, Rousseau, Le contrat social
[50] Phalanstère de Fourier, coopératives de Robert Owen, Quakers, Hippies, Communautés du Larzac, Zadistes…
[52] Il s’agit à la base d’une proposition théologique de Nicolas de Cues qui considère indigne de Dieu que l’univers ait une limite (c’est-à-dire une frontière) et qu’il faut donc le voir comme une sphère, laquelle effectivement n’a pas de limites, même si elle n’est pas infinie au sens mathématique du terme.
[53] En particulier les sept âges du monde de Saint Augustin dont sont directement inspirés les âges préhistoriques de valeur croissante
[54] Sagesse 11,20 « Car Dieu a tout créé avec mesure, nombre et poids » relu à travers Platon
[55] Schéma théologique qui décrit les dogmes chrétiens en fonction de leur déploiement historique, notamment dans la Somme Théologique de Thomas d’Aquin.
[56] Apocalypse de la Vérité : Méditations heideggériennes, Paris, ad Solem, 2014
[57] Giacomo Todeschini, Richesse Franciscaine, Lagrasse, Verdier, 2009  http://wodka.over-blog.com/article-35779164.html
[58] A titre d’exemple la machine d’Anticythère de 200 Av JC ne sera dépassée en complexité qu’en 1330 avec la première horloge astronomique européenne https://fr.wikipedia.org/wiki/Machine_d’Anticythère
[59] Sur ce point l’ouvrage fondamental de Jean Gimpel La révolution industrielle au Moyens Age, Paris, Seuil, 1975 http://www.an1000.org/Forum-Moyen-Age/la-revolution-industrielle-du-moyen-age-t719.html